Forum Forestier Lémanique (FFL) &
Service Cantonal des forêts, de la protection de la nature et du paysage (Genève)

Workshop sur la certification à l'exemple des forêts genevoises 

Versoix , jeudi 14 juin 2001

Présentation de la journée et synthèse des discussions

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Présentation de la journée

Le dernier workshop du Forum Forestier Lémanique (FFL) , organisé en juin dernier avec la collaboration du Service cantonal des forêts, de la protection de la nature et du paysage de l'Etat de Genève, a réuni une quarantaine de participants sur le thème de la certification forestière, de sa réalisation et de ses conséquences pour le secteur forestier.

Lors de cette journée, les participants ont pu faire plus ample connaissance avec les aspects pratiques de la certification forestière à l'exemple des forêts genevoises récemment certifiées. Cette première approche a été complétée l'après-midi par une allocution de M. le Conseiller d’Etat Robert Cramer sur la signification de la certification forestière pour le canton de Genève et par les exposés suivants:

  •  La forêt genevoise : y a-t-il une vie après la certification ? (André Joly, Inspecteur cantonal des forêts, Genève) 
  • Principes de certification du Forest Stewardship Council (FSC) (Maharaj Muthoo, Directeur général du FSC, Mexico) 
  • Le marché des produits forestiers certifiés (Ed Pepke, Section du bois, Comité mixte CEE-ONU, Genève) 
  • Les implications sociales de la certification (Jill Bowling, International Federation of Building and Wood Workers, Genève) 
  • La certification: contexte et perspectives internationales (Claude Heimo, Envionment-Ecology Forestry, Villarvolard) 
 Modération: M. Chris Elliott, WWF International, Gland

 Un podium de discussion avec l'ensemble des participants a clôturé le déroulement de cette journée (cf. synthèse des discussions).
 

 Aspects pratiques de la certification des forêts genevoises

 Les présentations ont été faites sous la forme de questions-réponses entre le gestionnaire de la forêt (A. Joly), le pilote du groupe CERFORGE (P. Steinmann) et le certificateur (K. Büchel). La discussion était ensuite ouverte aux participants. Les différents thèmes ont été abordés au cours d’un parcours en forêt montrant la relation entre la gestion de la forêt genevoise et les critères de certification selon FSC.

· Ancien état de la forêt genevoise: le taillis de chênes

 De manière générale, l’état de départ ne constitue pas un critère éliminatoire pour la certification. Il importe par contre d’avoir un concept cohérent pour la conduite future des peuplements actuellement peu satisfaisants. Ainsi, la structure en taillis - fortement anthropogène et ne favorisant pas la diversité - et la présence de plantations de résineux n’ont pas posé de problèmes dans la mesure où la gestion présente et future s’inscrit dans les critères de certification.

· Rajeunissement naturel et plantations

 Le rajeunissement de la forêt genevoise ne peut plus se faire par le classique recépage du taillis. Il s’agit en fait d’une régénération devant réintroduire des francs-pieds. Dans la mesure du possible, il s’agira d’utiliser le potentiel grainier des peuplements présents. Des plantations complémentaires avec des essences locales sont également possibles. Dans ce contexte, il est important que la densité du gibier soit maintenue à un niveau supportable pour le rajeunissement des essences feuillues. Les mesures de protections directes ne sont que des solutions transitoires, l’objectif à long terme étant la régulation des populations. 

· Exploitation de bois

 La récolte du bois fait partie intégrante des critères du FSC car il vise une harmonie des trois domaines: écologique, social et économique. Les bois labellisés doivent être marqués comme tel et ne pas pouvoir être confondu avec les autres dès leur entreposage en bord de route. L’utilisation de biocides doit, autant que faire se peut, être abandonnée. Des solutions adaptées aux conditions locales doivent être trouvées. 

· Sylviculture proche de la nature

 La sylviculture proche de la nature, telle que prônée par l’OFEFP est entièrement compatible avec les critères de certification. Certains points doivent cependant être renforcés: 

  • La conservation de bois mort, sur pied et à terre. A définir dans le cadre d’un concept prévoyant des îlots itinérants de vieux bois à conserver jusqu’à leur décrépitude.
  • La protection des minorités. Les essences peu représentées dans le peuplement à traiter doivent être soutenues, même si elles ne sont pas rares dans la région. 
.Accueil du public

L’accueil du public doit être assuré dans des lieux le permettant afin d’assurer la tranquillité d’autres lieux. Cette juxtaposition est à régler dans le cadre des plans directeurs forestiers.
 

Synthèse des discussions de la séance plénière

Lors la séance plénière de l'après-midi, les participants ont eu l'occasion d'exprimer leurs opinions, préoccupations et attentes envers la certification forestière et les perspectives qu'offre cet instrument pour le secteur forestier. Ce chapitre synthétise les commentaires exprimés durant les discussions de l'après-midi (synthèse réalisée par Y.Kazemi).

Bref rappel de la démarche

En préambule aux discussions plénières, les participants étaient invités à répondre aux 3 questions suivantes (Kartenabfrage):

  1. Qu'est-ce qui vous plaît dans la certification des forêts ou quelles sont les opportunités offertes par cet instrument pour la gestion et la conservation des forêts ? 
  2. Qu'est-ce qui vous déplaît dans la certification des forêts ou quels sont les problèmes posés par cet instrument pour la gestion et la conservation des forêts ? 
  3. Quelle sont les questions ouvertes – non résolues - relatives à la certification des forêts ?
A la fin de l'exercice, les réponses ont été récoltées puis regroupées par thèmes sur de grands tableaux (cf. détaille des réponses en annexe). Ce travail a permis de mettre en évidence les grands thèmes définissant la perception, les attentes et les préoccupations des participants envers la certification des forêts. Les résultats ont ensuite été discutés en plénum. 

Opportunités de la certification (question 1)

Pour les participants, les aspects positifs de la certification respectivement les opportunités que celle-ci représente pour le secteur forestier sont les suivants:

Amélioration de la gestion durable des forêts (SFM) 
La certification favorise une prise en compte globale des composantes écologiques, économiques et sociales de la gestion durable des forêts. Cette réflexion critique (regard extérieur), favorise l'amélioration permanente et l'apprentissage en continu (capacity building). Elle stimule également la réflexion des gestionnaires et responsables forestiers (mind change) en offrant un outil de comparaison utile à tous les niveaux (localàglobal). 
Outils d'information et de communication
 La certification représente un outil de communication et de marketing important. Elle permet non seulement d'entrer en contact ave le public pour lui "faire savoir notre savoir-faire" mais également de définir une image moderne de la gestion et de l'exploitation des forêts. 
Promotion du bois et des produits forestiers
 En tant qu'outil de marketing, la certification favoriser la promotion générale du bois et des produits forestiers. Elle représente une sorte d'assurance de qualité pour les professionnels de la forêt, les produits forestiers et la gestion forestière (custody of the process). 
Meilleure prise en compte des aspects sociaux et de la dimension humaine du SFM
 L'intégration des acteurs et intérêts concernés dans le processus de certification favorise la prise en compte des aspects humains et sociaux de la gestion forestière. Cela se répercute sur les conditions de travail en forêt.
Transparence du processus
 La transparence dans la définition, la réalisation et le contrôle des objectifs de gestion forestière renforcent la crédibilité des responsables forestiers auprès des autorités et du grand public.

 Problèmes et limites de la certification (question 2)

 Pour les participants, les aspects négatifs de la certification respectivement les limites que celle-ci représente pour le secteur forestier sont les suivants:

Cohérence des critères d'évaluation et de systèmes de certification
 Les conflits entre labels, le manque de coordination et la complexité des différents systèmes de certification (FSC, PEFC, Label Q, etc.) ne sont pas des éléments très motivants pour les propriétaires forestiers. Pour le consommateur, les différents critères d'évaluation ne facilitent pas la comparaison des produits certifiés. Le suivi des produits certifiés dans la chaîne de transformation n'est pas toujours possible.
Coûts de la certification
 Le coût de la certification est un critère important pour le choix propriétaire forestier. Dans la relation coûts/bénéfices actuelle et la volatilité du marché des produits certifiés, la certification représente un outil à la portée de ceux qui en ont les moyens. Cette question représente une inconnue majeure du succès de la certification. Elle met également en évidence le possible déséquilibre Nord-Sud pouvant intervenir en la matière (discrimination des produits non certifiés du Sud). 

Questions ouvertes sur la certification (question 3)

 Pour les participants, les questions ouvertes liées à la certification sont entre autre:

  • La profusion des labels ne risque-t-elle pas d'embrouiller le consommateur et de diminuer la crédibilité de ceux-ci, voire de limiter le développement des marchés pour les produits certifiés ? 
  • Quels sont les effets réels de la certification sur la compétitivité des produits certifiés ? 
  • La certification n'est-elle pas un alibi pour masquer la mauvaise conscience des pays industrialisés?
  • Qui contrôle les certificateurs et le suivi des produits certifiés ?
  • L'interprofession de la filière bois - producteurs, transformateurs, commerçants- ne serait-elle pas plus efficace que la certification ?
  • Qui fait la promotion de la certification et des produits certifiés auprès des consommateurs ?
  • Lors de l'importation des produits certifiés, tient-on compte des coûts écologiques de leur transport ?
 Conclusions et pistes de réflexion

 Sur les bases des éléments présentés ci-dessus, les conclusions et pistes de réflexions émises par les participants lors de la discussion plénière sont les suivantes:

Multiplication des labels versus harmonisation des systèmes

  • La multiplicité des labels forestiers et la variabilité des systèmes de certification ne favorisent pas la comparaison entre les différents produits sur le marché (ex. PEFC, Label Q, FSC, etc.). Cela ne facilite pas le choix des propriétaires forestiers et des consommateurs.
  • Cette concurrence peut engendrer une "guerre des labels", mais peut également favoriser une normalisation des standards de qualité en matière de certification (market based). Cela renforcerait la crédibilité - nationale et internationale - des systèmes de certification.
  • Quel que soit le système choisi, la mise en place d'une démarche de certification implique une évaluation permanente de l'effectivité, l'efficacité et l'efficience des mesures prises (monitoring).
    Certification is a label for good quality management. It sets standards for best sustainable forest management (SFM) that will improve continually.
 Valorisation des produits et services forestiers
  • En Suisse, il convient de valoriser et de favoriser l'utilisation du bois en général et en particulier des produits issus de gestions forestières certifiées – quel que soit le label. 
  • L'accès au marché des produits et services certifiés passe par une démarche de communication et de marketing auprès des clients et consommateurs potentiels.
    La certification représente un processus transparent et volontaire favorisant une remise en question et une amélioration permanentes des modes de gestion forestière. Elle renforce la crédibilité publique des gestionnaires, responsables et propriétaires forestiers.
 Au-delà des labels forestiers…
  • Bien que la certification forestière représente un instrument important de la gestion durable des forêts, il convient de ne pas négliger les effets pervers pouvant découler d'une considération trop unilatérale de cet outil (ex. barrières implicites pour les produits du Sud).
    Au-delà des labels forestiers, la certification – qu'elle soit forestière ou autre - devra également être en mesure de garantir une prise en compte cohérente des micro- et macro-dimensions de la gestion durables des ressources forestières.
 « Cela va sans dire mais cela va tellement mieux quand on le dit ! » (A. Joly)
Dans le cas genevois, le processus de certification a favorisé une prise de conscience et une remise en question ouverte des pratiques de gestion et de conservation des forêts. Cette démarche a renforcé l'assise politique et sociale de la gestion forestière cantonale. Elle a également amélioré la communication avec le grand public.
Annexe:
présentation synoptique des réponses (séance plénière)

 Sur la base des 3 questions de départ présentées ci-dessus, le regroupement des 77 citations récoltées a permis de mettre en évidence 12 grands thèmes définissant la perception, les attentes et les préoccupations des participants envers la certification des forêts.

 Opportunités (question 1)

 Qu'est-ce qui vous plaît dans la certification des forêts ou quelles sont les opportunités offertes par cet instrument pour la gestion et la conservation des forêts ?  Nb. citations
 Amélioration de la gestion durable des forêts (SFM) 
- considération holistique des objectifs économiques, sociaux et écologiques de la gestion durable  5
- outil pour améliorer la gestion durable des forêts (amélioration permanente, capacity building)  4
- réflexion, débat et prise de conscience des gestionnaires forestiers (mind change)  3
- regard extérieur sur la gestion pratiquée  1
- outils de comparaison globale et de dialogue universel  1
 Outils d'information et de communication 
- la certification représente un outil de marketing et de communication  3
- favorise la relation avec le public ("faire savoir notre savoir-faire")  2
- rétablir l'image de l'exploitation forestière  1
 Promotion du bois et des produits forestiers 
- favoriser la promotion et l'utilisation du bois et des produits forestiers (en général)  3
- assurance de qualité pour les professionnels de la forêt, les produits forestiers et la gestion forestière (custody of the process)  2
 Meilleure prise en compte des aspects sociaux et de la dimension humaine du SFM 
- définition des objectifs et normes de gestion en intégrant tous les acteurs et intérêts concernés  2
- prise en compte des aspects humains et sociaux  2
- prise en compte des intérêts des travailleurs en forêt  1
 Transparence 
- transparence du processus à crédibilité à responsabilité  2
- transparence des flux et des coûts  1
 Autres commentaires 
- adaptation de la certification à l'entreprise  1

 Problèmes et limites (question 2)
 Qu'est-ce qui vous déplaît dans la certification des forêts ou quels sont les problèmes posés par cet instrument pour la gestion et la conservation des forêts ?  Nb. citations
 Cohérence des critères d'évaluation et de systèmes de certification 
- conflits, manque de coordination et d'harmonisation entre les différents systèmes de certification (FSC, PEFC, Label Q, etc.)  4
- manque de cohérence, d'harmonisation, de standardisation entre les critères d'évaluation  4
- la question de la complexité croissante des systèmes de certification  1
- problème de la traçabilité et du suivi des produits certifiés dans la chaîne de production secondaire  1
 Coûts de la certification 
- ce sont avant tous les pays du Nord qui peuvent se permettre la certification (déséquilibre Nord-Sud)  3
- la certification est un outil pour "ceux" qui ont les moyens (pays, organisations, propriétaires, etc.)  2
- qui supporte/supportera les coûts de la certification ? (en général)  2
 Intérêt du propriétaire forestier 
- quelle est la charge – financière et autre - du propriétaire forestier ? (en particulier)  2
- problème d'échelle entre les surfaces certifiées: ex. FSC de 8 à 100'000ha par certificat (crédibilité ?)  2
- comment convaincre les propriétaires forestiers ?  1
 Autres commentaires 
- les marchés des produits FSC sont en dehors des canaux traditionnels et la demande est faible  2
- le label FSC ne prend pas assez en compte la fonction de protection de la forêt de montagne (CH)  1
- la certification est superflue en CH  1
- présence trop forte des ONG  1

 Questions ouvertes (question 3)
 Quelle sont les questions ouvertes – non résolues - relatives à la certification des forêts ?  Nb. citations
 Multiplication des labels 
- la profusion des labels ne risque-t-elle pas d'embrouiller le consommateur et de diminuer la crédibilité de ceux-ci ? à Faut-il unifier les différents systèmes de certification ?  3
- pourquoi le FSC serait le seul label crédible ?   2
- le manque de reconnaissance des labels va t'il limiter le développement des marchés pour les produits certifiés ?  1
 Réalités ou illusions de la certification 
- quels sont les effets réels de la certification sur la compétitivité des produits certifiés ? à Comment prévoir l'évolution des marchés ?  2
- la certification n'est-elle pas un alibi pour masquer la mauvaise conscience des pays industrialisés?  2
- how many forest management practices have been changed by certification?   2
 Evolution de la certification 
- la traçabilité des produits certifiés doit être totale: à est-elle fiable actuellement ?à fonctionne-t-elle pour les produits à haute valeur ajoutée ?  1
- what about the certification of non-wood forest products ?  1
- l'interprofession de la filière bois (producteurs, transformateurs, commerçants) n'est-elle pas plus efficace que la certification ?  1
- qui garanti l'impartialité du certificateur ? (who certifies the certifiers?)  1
 Promotion et communication 
- qui est responsable de la promotion de la certification et des produits certifiés auprès des consommateurs ?  2
 Autres commentaires 
- lors de l'importation des produits certifiés, tient-on compte des coûts écologiques liés au transport de ces marchandises ? (cohérence du système)  1
- je regrette que l'on ait limité la journée à la seule présentation du label FSC (crédibilité) 1